Cette phrase, constat résigné, prononcée, avec un sourire simple, un peu triste, par ma tante, m’a transpercé le cœur.

Aujourd’hui encore, cette phrase me hante et me fait toujours aussi mal.

« Je suis malade mentale. »
Comme pour demander pardon et s’excuser de son inaptitude. Comme pour dire de ne pas prêter attention à elle.

J’ai mal pour elle et j’ai honte de moi. Honte de ne pas être assez patiente avec cette vieille enfant, honte de ne pas lui consacrer plus de temps, honte de n’avoir pas cherché à la comprendre plus tôt.

« Je suis malade mentale. »
Les mots résonnent toujours et matérialisent alors devant moi toute la souffrance et la solitude de ma tante.

Je vois enfin, derrière son comportement, puéril et empreint de coquetterie, qui prête à sourire dans ce corps si vieux et fatigué qui est désormais le sien, la jeune fille pleine d’entrain des albums photos. Soudainement, il me semble voir en ma tante un moi possible. Égoïste plus qu’empathique, je prends pleine conscience de l’horreur.

« Je suis malade mentale. »
Je me demande souvent ce qui a empêché ma tante de rebondir et l’a fait sombrer dans la folie. Ce n’est pas un sujet qu’on aborde dans la famille.